Réflexions sur la vie, la foi et le changement d’un acteur avant-gardiste centenaire

KENILWORTH, Royaume-Uni, le 8 août 2017

Le British Film Institute a honoré Earl Cameron avec une projection de Pool of London (1951), son tout premier long métrage. (Photo Screen Nation Media 2016 : Photographie Carl Barriteau)

Le British Film Institute a honoré Earl Cameron avec une projection de Pool of London (1951), son tout premier long métrage. (Photo Screen Nation Media 2016 : Photographie Carl Barriteau)

Lorsque Earl Cameron, alors âgé de 22 ans, est arrivé en 1939 en Angleterre venant des Bermudes, la plupart des personnes d’origine caribéenne qu’il a rencontrées luttaient pour trouver du travail.

« Il était pratiquement impossible pour un Noir d’obtenir un quelconque travail, se rappelle Earl Cameron, qui a célébré son 100e anniversaire le 8 août. On estimait qu’ils devaient retourner dans leur pays d’origine. Certains d’entre eux étaient des vétérans de la Première Guerre mondiale et, malgré cela, ils ne pouvaient pas trouver de travail. Quand je regarde en arrière, telle était alors la situation.

« Aujourd’hui, c’est différent, et je suis content d’être arrivé à cette époque-là pour pouvoir maintenant voir quelques-uns des changements merveilleux qui ont eu lieu. »

Earl Cameron est né aux Bermudes et il est devenu bahá’í en 1963. Il profite de l’occasion de son 100e anniversaire pour réfléchir sur sa vie et sa carrière d’acteur. Et son propre rôle pour briser la barrière de couleur aux yeux du public britannique ne devrait pas être sous-estimé. Selon le guide Screenonline du British Film Institute sur l’histoire du film et de la télévision : « Earl Cameron a apporté une bouffée d’air frais aux représentations rigides des relations raciales dans l’industrie cinématographique britannique. Souvent choisi pour des rôles d’étrangers sensibles, Cameron a donné à ses personnages une grâce et une autorité morale qui ont souvent dépassé les clichés compatissants et attendus des films. »

Découverte de la foi bahá’íe

Tandis que Cameron continuait à travailler régulièrement au début des années 1960, il a tenté de chercher des réponses aux questions sur la vie. Il avait été troublé par le service de 5 mois qu’il avait passés dans la marine marchande sur un navire voyageant vers l’Inde.

« Sur ce navire, il y avait des bagarres presque tous les jours. Je dois dire que, pour la plupart, ils étaient une bande de marins très querelleurs ! Et puis j’ai vu Calcutta avec tous ses gens affamés dans les rues, et je me suis demandé : « Pourquoi ? Pourquoi est-ce que le monde est ainsi ? »

Cameron a trouvé les réponses à ses questions par un vieil ami des Bermudes qu’il avait retrouvé à Londres. Son ami était bahá’í.

« Tout me plaisait, explique Cameron. Mais nous avions des discussions animées. Cela m’a pris du temps pour comprendre la différence entre un être humain seulement exceptionnel et ce que les bahá’ís appellent une Manifestation de Dieu. Quand l’évidence m’est apparue, j’ai réalisé la différence d’un Christ ou d’un Muhammad, ou encore d’un Bahá’u’lláh et, à partir de ce moment-là, j’ai pu accepter tout ce que je lisais de Bahá’u’lláh.

Entièrement dévoué à ses croyances bahá’íes, Cameron a pris une décision importante d’une autre sorte en se déracinant avec sa famille pour aller aux îles Salomon afin d’aider au développement de la communauté bahá’íe. Quand 15 ans plus tard, il est revenu au Royaume-Uni, il a repris sa carrière d’acteur là où il l’avait arrêtée. Continuant à travailler à quatre-vingts ans passés, il a joué le rôle d’un dirigeant africain controversé, un des principaux personnages du film L’interprète (2005) avec Nicole Kidman ; il a aussi fait des apparitions dans The Queen (2006) avec Helen Mirren et ainsi que dans Inception (2010).

Percée en tant qu’acteur

Deux ans après son arrivée, fatigué d’effectuer des petits travaux, Cameron a eu un coup de chance : on lui a demandé de servir de doublure dans un spectacle de théâtre musical populaire, Chu Chin Chow, pour remplacer un des acteurs de la troupe qui ne s’était pas présenté. Sa carrière d’acteur a décollé et, pendant les quatre décennies suivantes, son visage et sa voix riche et chaude sont devenus bien connus sur scène, puis à l’écran.

« Je me suis rendu compte qu’il y avait très peu de rôles disponibles, explique Cameron. Je ne me faisais pas d’illusion. J’avais fait du théâtre pendant au moins huit ans au moment où j’ai tourné mon premier film et je savais que c’était très limité. Mais j’ai également compris à ce moment-là combien j’avais de la chance d’obtenir ce tout premier film. »

Ce film était Pool of London (1951), considéré comme révolutionnaire par l’emploi d’un personnage principal noir, et dans sa présentation d’une idylle interraciale.

« C’est un rôle merveilleux et je pense qu’il reste encore le meilleur film que j’ai fait. Il correspondait parfaitement à la vie réelle et très typique de l’Angleterre de cette époque », se souvient-il.

Des téléfilms précurseurs de la BBC qui ont analysé le racisme ont suivi, dont The Dark Man (1960) dans lequel Cameron jouait un chauffeur de taxi faisant face à la discrimination sur son lieu de travail. En même temps, il était devenu un visage familier dans de nombreuses séries télévisées classiques de l’époque, y compris Doctor Who et The Prisoner. Il a également donné la réplique à Sean Connery en incarnant Pinder, l’allié caraïbien de James Bond dans Opération Tonnerre (1965).

Un film dans lequel Cameron est particulièrement fier d’avoir été impliqué est l’adaptation de l’histoire du prophète Muhammad, The Message (1976). Cameron y tient le rôle du roi d’Abyssinie, ou Négus, qui a offert un lieu de refuge aux premiers musulmans à l’époque du Prophète. Le British Film Institute a qualifié ainsi sa performance : « un second rôle qui vole la vedette ».

« Comment aurais-je pu refuser un aussi beau rôle que celui-là ? », dit-il en souriant. Mais malgré la bonne critique et le succès populaire, les rôles dans les films étaient loin d’être nombreux pour les acteurs noirs.

« J’ai toujours dû attendre des mois avant d’avoir un autre rôle. Maintenant, cela a changé d’une certaine manière et il y a beaucoup d’acteurs noirs qui sont brillants. Mais dans l’ensemble, vous devez aller à Hollywood pour être reconnu. »

À un moment de sa carrière, Cameron a même envisagé de traverser l’Atlantique et de tenter sa chance dans des films américains. « Mais j’étais marié et père de cinq enfants, explique-t-il. Ma femme était blanche et moi-même noir, et la Californie n’était pas un endroit très accueillant pour les mariages mixtes. J’ai donc pensé : “Non, je ne vais pas exposer ma famille au genre de racisme auquel je vais me heurter.” J’ai donc oublié cette idée.

« Je dis maintenant que j’ai été très chanceux. Parce que je sais qu’à cette époque, j’aurais été pris au piège de ce mode de vie. Aussi, en regardant en arrière, je remercie Dieu de ne pas être allé à Hollywood. »

Une contribution extraordinaire

Au cours de la dernière décennie, Cameron a reçu plusieurs distinctions. Sa Majesté la reine Elizabeth II lui a décerné la haute distinction de commandeur de l’ordre de l’Empire britannique (CBE) dans la liste d’honneur de l’année 2009. Et l’année dernière, il est devenu le premier intronisé au temple de la renommée de la Screen Nation Foundation, qui célèbre les personnes de culture afro-caribéenne qui ont fait des contributions extraordinaires à l’écran. Il a également été à l’honneur aux Bermudes où le théâtre principal à Hamilton a été rebaptisé The Earl Cameron Theater en 2012. Il espère y faire un voyage en octobre pour une présentation spéciale.

Alors qu’il entre dans sa onzième décennie, Earl Cameron est toujours très alerte, désireux de continuer sa carrière d’acteur et de contribuer aux activités communautaires bahá’íes.

« Nous devons nous rendre compte que Dieu a un plan pour l’humanité et que chacun de nous fait partie de ce plan, dit-il. Dieu a un plan pour que ce monde devienne un monde de paix. L’avenir immédiat semble terrible. Dans les conditions actuelles, l’humanité, tôt ou tard, n’aura d’autre choix que de retourner sous la protection de Dieu.

« Il n’y a pratiquement pas une minute de ma vie où je ne remercie pas Dieu pour mon existence sur cette terre et pour avoir trouvé cette merveilleuse Foi. Pour moi, si j’avais vécu un million de vies et n’avais pas la foi bahá’íe, ce serait peine perdue. »
Publication d’origine: Bahá’ís de France – Site officiel http://www.bahai.fr/reflexions-sur-la-vie-la-foi-et-le-changement-dun-acteur-avant-gardiste-centenaire/

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