L’homme des Arbres : un pionnier environnementaliste rappelé au souvenir

OXFORD, Royaume-Uni, publié le 6 novembre 2018 – La International Tree Foundation (Fondation internationale de l’arbre) poursuit actuellement un plan ambitieux : planter 20 millions d’arbres dans les forêts des hauts plateaux du Kenya et autour de celles-ci, d’ici 2024, année du centenaire de l’organisation.

Photo de 1976 montrant Richard St. Barbe Baker devant un arbre à Nairobi, au Kenya.

Photo de 1976 montrant Richard St. Barbe Baker devant un arbre à Nairobi, au Kenya.

Cet objectif est l’une des nombreuses expressions vivantes des idéaux défendus par Richard St. Barbe Baker (1889-1982), fondateur de l’organisation. M. Baker, mieux connu sous le nom de St. Barbe, était un pionnier de l’environnement et un des premiers bahá’ís britanniques ; il était doté d’une vision ambitieuse et avait entrepris des pratiques qui sont devenues communes et répandues aujourd’hui.

Grâce au travail de la International Tree Foundation et à la publication d’une nouvelle biographie, on redécouvre ce pionnier influent de l’environnement. Cet intérêt récent vient à un moment où les conséquences du changement climatique mondial sont de plus en plus évidentes pour l’humanité.

« Bien avant que le changement climatique soit compris scientifiquement, il avait prévu l’impact de la déforestation sur le climat », écrit le prince Charles du Royaume-Uni dans la préface de la nouvelle biographie de St. Barbe. « Il a sonné l’alarme et prescrit une solution : un tiers de chaque pays devrait être couvert d’arbres. Il a pratiqué la permaculture et l’agro-écologie au Nigéria avant que ces termes existent et fassent partie des actions fondatrices de l’agriculture biologique en Angleterre. »

À l’âge de 91 ans, St. Barbe participe à une cérémonie commémorant le

À l’âge de 91 ans, St. Barbe participe à une cérémonie commémorant le

Ayant embrassé la religion bahá’íe en 1924 quand il était jeune homme, St. Barbe trouva dans les enseignements de Bahá’u’lláh l’incarnation de ses plus hautes aspirations pour le monde, tout au long de sa vie aventureuse. Sa foi profonde s’exprimait par un amour pour toutes les formes de vie et par son dévouement pour l’environnement.

« Il parle de l’inspiration qu’il a reçue de la foi bahá’íe et des écrits de Bahá’u’lláh et de ‘Abdu’l-Bahá », explique Paul Hanley, auteur d’une nouvelle biographie sur St. Barbe : Man of the Trees : Richard St. Barbe Baker, the First Global Conservationist (L’homme des Arbres : Richard St. Barbe Baker, le premier écologiste mondial). « St. Barbe avait une vision globale du monde à une époque où ce n’était pas vraiment courant. Son cadre de référence était le monde entier. »

St. Barbe prit conscience de ce rapport avec la vision de l’unité de l’humanité de Bahá’u’lláh lors de son pèlerinage au tombeau de Bahá’u’lláh.

« Ici à Bahji [Bahá’u’lláh] a probablement passé ses jours les plus heureux. Il aimait planter des arbres et appréciait tout ce qui poussait. Quand ses fidèles voulaient lui apporter des cadeaux depuis la Perse, les seuls symboles de leur estime qu’il acceptait étaient des graines ou des plantes pour ses jardins », écrira plus tard St. Barbe dans son journal, cité dans le livre de M. Hanley.

St. Barbe cite ensuite un passage des écrits de Bahá’u’lláh : « Il n’appartient pas à celui qui aime son pays de s’en enorgueillir, mais bien à celui qui aime le monde. Oui, pensais-je, le genre humain, l’humanité sont comme un tout. N’est-ce pas pour quoi je me suis efforcé de régénérer les lieux désertiques de la terre ? C’étaient les mots d’un planteur d’arbres, d’un amoureux des hommes et des arbres. »

St. Barbe devant son véhicule lors de son expédition « the Green Front Against the Desert » en 1952. (Source : Bibliothèque de l’université de la Saskatchewan, Archives et collections spéciales de l’université, Fonds Richard St. Barbe Baker)

St. Barbe devant son véhicule lors de son expédition « the Green Front Against the Desert » en 1952. (Source : Bibliothèque de l’université de la Saskatchewan, Archives et collections spéciales de l’université, Fonds Richard St. Barbe Baker)

St. Barbe a également gardé des contacts étroits avec Shoghi Effendi qui l’a encouragé dans des dizaines de lettres et qui lui a demandé conseil lors de la sélection des arbres pour les lieux saints bahá’ís à Acre et à Haïfa. St Barbe a décrit comment la copie dédicacée de The Dawn-Breakers (La Chronique de Nabil) que Shoghi Effendi lui avait envoyée était devenue sa « possession la plus précieuse ».

« Je la relisais encore et encore et j’éprouvais à chaque fois le frisson que doit susciter la découverte d’une nouvelle Manifestation », écrit St. Barbe.

La International Tree Foundation, que St Barbe avait initialement nommée Men of the Trees (Hommes des arbres), n’est que l’une des nombreuses organisations qu’il a fondées au cours de sa vie. On estime que grâce à ses efforts, aux organisations qu’il a fondées et à celles qu’il a soutenues, quelque 26 milliards d’arbres ont été plantés dans le monde. En fait, il était tellement attaché à la plantation d’arbres qu’il entreprit un voyage à l’étranger à 92 ans pour planter un arbre à la mémoire d’un ami personnel, un ancien Premier ministre du Canada. St. Barbe est mort quelques jours après avoir accompli le but de ce voyage.

« Je pense que les gens devraient connaître Richard St. Barbe Baker, car son héritage est toujours vivant », a déclaré le directeur général de la fondation, Andy Egan.

Tourné vers la gauche, St Barbe serre la main d’un ami lors d’une réunion des fondateurs de Men of the Trees dans les années 1950. Men of the Trees a été fondé en 1924 après le travail de St Barbe au Kenya.

Tourné vers la gauche, St Barbe serre la main d’un ami lors d’une réunion des fondateurs de Men of the Trees dans les années 1950. Men of the Trees a été fondé en 1924 après le travail de St Barbe au Kenya.

« Aujourd’hui, nous essayons de marcher sur les traces de St. Barbe, a ajouté Paul Laird, responsable des programmes de la fondation. Nous avons un programme de reboisement communautaire durable, qui touche en particulier des groupes et des organisations communautaires locales qui sont proches des réalités et s’efforce de travailler avec eux : les populations agissent par elles-mêmes, comprennent le danger de la dégradation des terres et de la disparition de la forêt, et ce que cela signifie réellement pour eux. »

Depuis sa plus tendre enfance en Angleterre, St. Barbe était attiré par le jardinage, la botanique et les forêts. Il courait parmi les arbres appartenant à sa famille et les saluait comme s’il s’agissait de soldats de plomb. En 1912, alors que, jeune homme, il attendait de commencer ses études universitaires, il occupa un emploi de bûcheron au Saskatchewan (Canada), où il habitait. Il ne pouvait plus traiter les arbres comme ses amis.

« Cette région était une forêt vierge et, un soir, alors que je scrutais la masse d’arbres abattus qui jonchaient le sol, je me demandai ce qui se passerait quand tous ces beaux arbres auraient disparus, écrivit St. Barbe à l’époque. L’abattage était un gâchis, et cela me navra. »

Cette expérience sera déterminante pour St. Barbe. Il décida d’étudier la sylviculture à l’université de Cambridge, commençant ainsi une vie consacrée au reboisement mondial. Par la suite, il s’installa au Kenya, sous domination britannique, où il créa une pépinière. Il y fut témoin des effets de siècles de mauvaise gestion des terres.

St. Barbe assis au milieu de la deuxième rangée pour ce portrait des participants à la première université d’été de Men of the Trees en 1938. (Source : Bibliothèque de l’université de la Saskatchewan, Archives et collections spéciales de l’université, Richard St. Barbe Baker Fonds)

St. Barbe assis au milieu de la deuxième rangée pour ce portrait des participants à la première université d’été de Men of the Trees en 1938. (Source : Bibliothèque de l’université de la Saskatchewan, Archives et collections spéciales de l’université, Richard St. Barbe Baker Fonds)

En tant que forestier colonial, St. Barbe devait employer des pratiques de gestion descendante. Celles-ci allaient à l’encontre des pratiques du peuple autochtone kikuyu, qui utilisait une méthode traditionnelle d’agriculture où des arbres étaient brûlés pour enrichir le sol. St. Barbe souhaitait encourager une forme d’agriculture qui favoriserait la croissance d’une forêt propice à l’agriculture tout en protégeant les sols de l’érosion et en respectant la culture et la sagesse de la population locale. Les chefs tribaux n’étaient pas ouverts à la plantation de nouveaux arbres, disant que c’était « l’affaire de Dieu ».

Pour honorer les traditions du peuple kikuyu et promouvoir une prise de conscience de son rôle important dans la plantation et la conservation des arbres, St. Barbe s’est tourné vers l’une de leurs pratiques traditionnelles de longue date : organiser des danses pour commémorer des moments importants. De cette intégration des valeurs culturelles et de la gérance de l’environnement est née la Danse des arbres en 1922.

« Ainsi, au lieu d’essayer de les pousser et de les forcer à planter des arbres, nous pouvons rendre cela cohérent avec leur culture. Il a donc approché les anciens, en a discuté avec eux et ils ont créé cette danse des arbres qui a conduit à la formation de Hommes des arbres », explique M. Hanley.

En collaboration avec le chef Josiah Njonjo, cofondateur de Hommes des arbres, St. Barbe approfondit sa compréhension des importants rôles écologiques, sociaux et économiques des arbres dans la vie de l’humanité.

« Derrière la prescience de St. Barbe Baker se trouvait sa profonde conviction spirituelle de l’unité de la vie, écrit Charles, le prince de Galles. Il avait écouté attentivement les peuples autochtones avec lesquels il travaillait. »

Les projets de St. Barbe dans ce qu’on appelle maintenant la foresterie sociale furent considérés avec un certain scepticisme. Comme forestier colonial, il était censé protéger les forêts appartenant aux gouvernements.

« Il a été extraordinaire en ce sens qu’il surmonta cet obstacle, dit M. Laird. Pour lui, ces forêts appartenaient fondamentalement à la population du Kenya et il fallait travailler avec ce peuple pour les conserver. »

Cette approche communautaire reste au cœur des travaux de la International Tree Foundation.

« Sa nature bienveillante pour toute forme de vie est vraiment évidente, déclara M. Egan. Il a beaucoup contribué à faire naître l’idée que planter des arbres n’est pas une affaire de professionnel. C’est quelque chose que des gens ordinaires dans leurs communautés peuvent et doivent faire. D’une certaine manière, ils sont les mieux placés pour protéger les forêts… leur rôle devrait donc être reconnu, soutenu et célébré. »

En faisant des recherches pour la biographie de St. Barbe, M. Hanley a découvert que le forestier « était vraiment en avance dans sa façon de penser. Et toute sa philosophie de l’intégration et de l’unité de la société humaine, mais aussi du monde naturel, reposait sur des concepts assez radicaux à l’époque ».

À l’âge de 91 ans, St. Barbe avec un groupe d’écoliers en Chine. (Source : Bibliothèque de l’université de la Saskatchewan, Archives et collections spéciales de l’université, Fonds Richard St. Barbe Baker)

À l’âge de 91 ans, St. Barbe avec un groupe d’écoliers en Chine. (Source : Bibliothèque de l’université de la Saskatchewan, Archives et collections spéciales de l’université, Fonds Richard St. Barbe Baker)

En 1924, lorsque St. Barbe rencontra pour la première fois les enseignements de Bahá’u’lláh, il y trouva la confirmation de ses idées sur la nature et sur l’humanité. Chrétien profondément respectueux des traditions religieuses autochtones, St. Barbe a reconnu la vérité dans les enseignements de Bahá’u’lláh sur l’unité – l’unité de la religion, l’unité de l’humanité et l’interdépendance de toute vie. Les écrits de la Foi utilisent également des images de la nature pour transmettre des vérités spirituelles.

« J’ai commencé à lire des traductions du persan, écrit St. Barbe, évoquant son pèlerinage au tombeau de Bahá’u’lláh. Dans le jardin de ton cœur, ne plante que la rose de l’amour. La sublimité de la langue m’a fasciné. C’était de toute beauté.

En 1929, chargé d’établir une succursale de Hommes des arbres en Terre sainte, St. Barbe s’est rendu à Haïfa pour visiter les lieux sacrés bahá’ís. Arrêtant sa voiture devant la maison de Shoghi Effendi  il fut surpris de voir le Gardien de la foi bahá’íe venir l’accueillir et lui remettre une enveloppe. Celle-ci contenait une souscription pour rejoindre Hommes des arbres, faisant ainsi de Shoghi Effendi le premier membre à vie de l’organisation.

« Il parlait de sa rencontre avec le Gardien comme étant le moment le plus important de sa vie et cela l’a véritablement… galvanisé », affirme M. Hanley.

Par une correspondance continue, Shoghi Effendi encouragea les efforts de St. Barbe. Pendant 12 années consécutives, il envoya un message aux rassemblements de la Charte mondiale des forêts, une autre initiative de St. Barbe, à laquelle ont participé des ambassadeurs et des dignitaires de nombreux pays.

Les travaux de St. Barbe l’ont mené dans de nombreux pays. Il a été nommé conservateur adjoint des forêts pour les provinces du sud du Nigéria de 1925 à 1929. Il a également planifié des forêts sur la Gold Coast (le Ghana d’aujourd’hui). Aux États-Unis, il a lancé une campagne Save The Redwoods (Sauvons les séquoias) et a collaboré avec le président Franklin D. Roosevelt à la création du Civilian Conservation Corps (Corps civil de protection de l’environnement), auquel participèrent quelque 6 millions de jeunes. Après la seconde guerre mondiale, St. Barbe a lancé Green Front Against the Desert (Front vert contre le désert) pour promouvoir le reboisement dans le monde entier. Une expédition en 1952 et 1953 le vit parcourir 25 000 kilomètres dans le Sahara, menant à un projet de reconquête du désert par la plantation stratégique d’arbres. À presque 90 ans, St. Barbe s’est rendu en Iran pour promouvoir un programme de plantation d’arbres. Il s’est arrêté à Chiraz, lieu de naissance de la foi bahá’íe, où il lui a été demandé d’inspecter un citronnier malade près de la maison du Báb, lieu de pèlerinage des bahá’ís.

Portrait de St. Barbe en 1932.

Portrait de St. Barbe en 1932.

Hommes des arbres est devenu la première organisation non gouvernementale internationale travaillant dans le domaine de l’environnement. À la fin des années 1930, elle comptait 5 000 membres dans 108 pays et avait son propre bulletin, intitulé Trees (Arbres).

« À l’origine, ce bulletin fut créé parce que St. Barbe recevait trop de lettres, d’invitations et de correspondance », explique Nicola Lee Doyle, qui prépare aujourd’hui le bulletin annuel. « Il disait constamment aux gens où il allait être et de quoi il allait parler. Donc, ils avaient besoin d’un moyen pour donner l’information à tout le monde, et c’est comme ça que tout a commencé – mais par la suite il s’est agrandi. »

Aujourd’hui, Trees est la revue environnementale la plus ancienne au monde.

Des générations successives d’écologistes ont attribué à St. Barbe leur passion pour leur travail.

« Parfois, c’était de petites choses, comme écrire un article ou faire une interview à la radio, qui lui permettaient de rencontrer des jeunes de pays lointains, explique M. Hanley. Et plusieurs de ces personnes sont devenues des personnalités très importantes du mouvement pour l’environnement. »

Un exemplaire du premier numéro de Trees, que St Barbe a créé en 1936. Aujourd’hui, Trees est le journal environnemental le plus ancien. (Crédit : International Tree Foundation)

Un exemplaire du premier numéro de Trees, que St Barbe a créé en 1936. Aujourd’hui, Trees est le journal environnemental le plus ancien. (Crédit : International Tree Foundation)

« Son héritage est probablement lié au fait qu’il était infatigable, ajoute M. Hanley. C’était assez incroyable : des milliers d’interviews, des milliers d’émissions de radio, essayant de sensibiliser les gens à cette idée, et cela a vraiment eu un impact sur la vie de nombreuses personnes qui ont décidé de protéger et de planter des arbres.

La pensée pionnière de St. Barbe peut être particulièrement utile maintenant que l’humanité est aux prises avec les défis posés par le changement climatique. En effet, l’un des défis les plus pressants de l’humanité est de savoir comment une population mondiale croissante, en développement rapide et non encore unie, peut vivre en harmonie avec la planète et ses ressources.

« Il est maintenant clair que si nous avions tenu compte des avertissements de St. Barbe Baker et d’autres visionnaires, nous aurions peut-être évité une bonne partie des crises environnementales auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui, écrit le prince Charles. Le message de Richard St. Barbe Baker est aussi pertinent aujourd’hui qu’il l’était il y a 90 ans et j’espère vraiment qu’il sera entendu. »

 

Publication d’origine: Bahá’ís de France – Site officiel http://www.bahai.fr/lhomme-des-arbres-un-pionnier-environnementaliste-rappele-au-souvenir/

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